Découverte-Destination (15) : Moresnet 

Ceux qui connaissent sursautent : « Mais c’est en Belgique ! » Ils ont raison… Mais en 1816, la Belgique n’existe pas encore, elle n’est que la partie sud des Pays-Bas. Moresnet est à la frontière de la Prusse, et possède une très importante mine de zinc. La Prusse, les Pays-Bas et dès 1830 la Belgique tentaient tous trois de s’approprier la mine. Mélange des peuples, mélanges des langues.

C’est que les premiers travailleurs, des « colons », venaient de la région d’Aix-la-Chapelle, passaient par le point culminant des Pays-Bas marqué de trois colonnes, et entraient dans cette vallée minière. Pour mettre fin aux querelles, Moresnet se déclare indépendante, choisit un drapeau noir, blanc, bleu ligné horizontalement, se renomme Amikejo et choisit pour langue officielle l’espéranto !

Neu-Moresnet — Wikipédia

Amikejo signifie dans cette langue « lieu de l’amitié », un lieu qui se voulait ouvert à tous. L’hymne national emprunte son air au fameux « Mon beau sapin ». Le petit village-Etat était le plus avancé de son époque : on y inventa l’assurance-maladie et les comptes-épargne, et quand les réserves de zinc s’épuisèrent, on transforma le village en un immense casino !

Hélas, en 1903 déjà, l’État Belgique s’en mêla et interdit les tables de jeux. Il ne restait aux jeunes habitants que de se livrer à la contrebande entre les 3 pays pour survivre.

Le rêve, que dis-je : l’utopie, prit fin en juin 1915. À une année près, ce fut 1 siècle d’indépendance… C’était quand même bien essayé.

Ce serait un peu court de s’arrêter ici, surtout que Moresnet, maintenant incluse dans la commune de La Calamine (Kelmis en langue locale) est un point de départ idéal pour parcourir la région.

© Province de Liège Tourisme

À Moresnet même, on peut visiter une Maison du Terroir, et voir l’énorme viaduc du chemin de fer construit par les Allemands. Vers le Nord, en passant par Gemmenich, on peut s’asseoir aux Trois Frontières : une borne de pierre taillée, les trois drapeaux, des bancs tout autour.

C’est toujours le point culminant des Pays-Bas même s’il est partagé entre les trois pays : le Vaalsberg. Une tour de 5 ou 6 étages offre un vaste panorama, et à son pied, un sympathique café avec une vaste terrasse.

Au sud-ouest, on peut se promener en territoire américain ! En effet, le cimetière américain d’Henri-Chapelle possède l’extra-territorialité. Entretenu par du personnel américain, c’est un lieu de mémoire important dédié aux GI’s tués durant l’Offensive Von Rundstedt, en 1944.

© WBT – PatrickOuters -BlackboxPhoto

Si vous continuez la route sur 3 km, vous arriverez à Clermont, l’un des plus beaux villages de Wallonie ; c’est déjà le Pays de Herve, son fromage, son sirop, son cidre…Et si vous vous dirigez plutôt vers le sud-est, vous atteindrez Eupen, capitale de la région germanophone de Belgique. Et connaissez-vous le nom français d’Eupen ? Essayez de taper Néau sur votre moteur de recherche…

La ville vaut certainement une visite, non seulement en période de carnaval (déjà son fameux Rosenmontag vaut la peine d’être vécu !), mais aussi par son atmosphère rhénane si particulière. Il vaut mieux parler le dialecte allemand local, mais si vous ne parlez que le français, vous n’aurez à subir aucune agressivité : les Eupenois sont des gens sympas, accueillants, et qui aiment faire la fête !

Bonne excursion !

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