Importante réunion, hier, au siège de l’UPAV, sur les difficiles relations entre l’IATA et les agences de voyages. Hélas, celles-ci ont un peu boudé la réunion, mais qu’à cela ne tienne : la Belgian Travel Academy sera bientôt sur les rails !

Jean-Philippe Cuvelier avait été invité comme spécialiste de ces relations, puisque depuis plus de 20 ans il représente l’UPAV dans les réunions avec l’IATA, et plus particulièrement dans l’APJC (Agency Programme Joint Council), ce groupement informel qui réunit les vendeurs (agences de voyages), les compagnies aériennes et l’IATA, avec un pouvoir bien limité puisqu’uniquement consultatif.

Un conseil consultatif qui fonctionne

Les agences y sont représentées par leurs groupements professionnels : ABTO, VVR, UPAV et BTO, et les réunions se tiennent au rythme de 2 ou 3 par an, sous l’égide du « flag carrier », soit Brussels Airlines. Le but est de diffuser l’information quant à la position respective des « airlines » et des AGV, de mettre de l’huile dans les rouages quand c’est nécessaire.

C’est ainsi que par le passé, c’est à l’APJC que ce sont négociées les commissions d’agences, réduites très progressivement et non brutalement dans notre pays. Plus récemment, c’est aussi l’APJC qui a mis en place le mécanisme de protection des sommes versées par les clients aux agences, et ensuite aux compagnies via le BSP, et remboursées en cas de faillite.

On se demande si une assurance insolvabilité, comme elle existe pour les AGV, ne pourrait être mise en place pour les Airlines ? Selon J-Ph. Cuvelier, c’est complètement utopique tant la matière et surtout sa mise en place pratique est complexe.

Un BSP hebdomadaire ?

Le problème principal traité ce jour est évidemment celui des délais de paiement BSP, ramenés dès 2016 du 5 au 30 de chaque mois, et du 20 au 15 : ce qui est mis à mal, c’est la trésorerie des agences. Mais on annonce bien pire puisque la prochaine étape, c’est un BSP hebdomadaire. Or déjà dans la configuration actuelle, cela pose de gros problèmes. En effet, les billets émis entre le 1er et le 15 du mois sont payables pour le 30, soit, si l’on fait la moyenne, une émission quelques 23 jours avant de devoir payer.

Or techniquement, la facturation (on parle ici bien sûr des agences d’affaires) est difficile avant 7 jours, les paiements clients très difficiles voire impossibles dans les 30 jours. C’est culturel : en Allemagne ou en Suisse, une facture est payée quasi à la réception.

Mais chez nous, il y a une vraie lourdeur administrative, tant dans les grosses entreprises que dans les Administrations. Une facture doit être émise, reçue, contrôlée, approuvée, envoyée à la comptabilité, qui prend quelques délais supplémentaires avant de la payer. Les SFP paient, quand tout va bien, à 60 et le plus souvent 90 jours…

Un projet qui met à mal la trésorerie des agences

Or, comme on l’a dit, le projet est faire payer toutes les semaines, d’où –sur le calcul précédant- une perte de 11 jours de trésorerie en moyenne. Certaines agences belges disent être déjà en paiement BSP hebdomadaire, mais ce sont essentiellement des agences « loisirs », qui encaissent effectivement l’argent des clients au moment de l’achat du billet.

Question : si toutes les agences d’affaires expliquaient la situation à leurs clients, et appliquaient toutes l’exigence de paiement à 7 jours, ces clients seraient bien obligés de s’y soumettre.

Le risque est que les clients qui ne veulent ou ne peuvent payer dans ce délai se tournent alors vers internet. Mais est-ce bien crédible ? Est-ce qu’un client d’affaires passe par une agence uniquement pour une question de crédit, de délai de paiement ?

Être rentable ou payer une garantie

Pour garder sa licence IATA, une agence doit/devra satisfaire à des conditions strictes : coefficient de solvabilité de 12% en fonds propres, des fonds de roulement positifs, une rentabilité positive.

En fait, c’est un peu ce que réclament déjà les Fonds de garantie voyages. Si ces conditions ne sont pas remplies, l’agence devra se soumettre à un dépôt de garantie supplémentaire, qui est d’ 1/8e de son chiffre d’affaires IATA, soit 3 quinzaines de BSP.

Tout ceci peut paraître très lourd pour une agence. Mais il faut bien se dire que les compagnies aériennes prennent aussi de gros risques avec les agences, puisque qu’une fois un billet d’avion émis, il ne peut être refusé ; mais si ce billet n’est pas payé au BSP suivant, c’est la compagnie qui supporte la perte.

Un peu de crédit…

Une astuce est de payer les billets avec une carte de crédit d’agence, laquelle vous donne évidemment quelques semaines de sursis sur vos liquidités. Cela a toujours été interdit par l’IATA, mais toléré dans les faits. Jusqu’à ce que, tout récemment, LH a prévenu que cette tolérance n’existait plus. Il reste possible de payer avec une CC les services annexes au billet d’avion proprement dit. Et de toute manière, ce crédit ne fait que reporter le problème de 15 jours…

Encore un point intéressant à savoir : l’IATA tente depuis pas mal de temps de créer son propre CRS, mais l’investissement est tout simplement colossal, de l’ordre de 100 milliards de dollars.

En conclusion : a-t-on vraiment besoin de l’IATA ?

Ryanair et autres easyjet s’en passent bien et encaissent le prix de leurs billets à l’avance. C’est vrai, mais ce n’est pas pour autant que l’IATA n’a pas une vraie valeur ajoutée, et la remplacer par un autre système serait d’une complexité insoutenable. Finalement, à l’heure actuelle, l’IATA est la meilleure alliée des agences qui émettent des billets, même si ces dernières ne le voient pas toujours ainsi.

Le Président de l’UPAV, Benoit Dieu, la Secrétaire Générale Anne-Sophie Snyers, remercient Jean-Philippe Cuvelier d’avoir ouvert le cycle de conférences que l’UPAV voudrait proposer à ses membres, lesquels n’étaient pas vraiment présents ce mardi. Pourtant Mr Degen, lui, s’était déplacé de loin ! La prochaine fois, allez-y, vous ne le regretterez pas.

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