La Bourse, les suicides et le « pas vu, pas soigné »

En Belgique, tout le monde croise les doigts pour qu’on ne rate pas l’épisode de la vaccination comme on a raté l’épisode des masques et des tests et du tracing.

Pour l’heure, personne en Belgique ne semble d’ailleurs être au courant de ce qui se trame sur ce sujet afin que les personnes qui le désirent soient vaccinées le plus tôt possible. Je dis le plus tôt possible, car comme l’a démontré en France, l’économiste Nicolas Bouzou, le plus tôt la population sera vaccinée, le mieux c’est, car l’économie repartira plus vite et l’État pourra aussi arrêter plus vite ses aides.

Vacciner très vite sauvera donc des vies, mais nous permettre aussi d’économiser des milliards d’euros. Ce qui m’inquiète, c’est qu’hier je posais la question au directeur général d’un des plus gros hôpitaux bruxellois et lui n’avait reçu aucune information ou instruction au sujet de la vaccination.

Je rappelle qu’en Allemagne, la logistique et les sites sont prêts et qu’à Paris, la maire Anne Hidalgo s’est dite prête à vacciner entre 30 et 40% de la population de la capitale pour le mois de janvier. Janvier, c’est demain donc. En revanche, chez nous, c’est à nouveau l’attente, sauf pour les marchés financiers, car eux, sont des éternels pressés.

En résumé, je peux vous dire que les Bourses sont déjà vaccinées et que les investisseurs ont déjà jeté leur masque. Pourquoi ? Vous n’avez qu’à regarder la hausse des Bourse durant ce seul mois de novembre : l’indice CAC 40 de Paris a grimpé de 20%, l’indice DAX de la Bourse allemande a grimpé de 15%, l’indice américain S&P 500 a pris 10%. Notre notre indice national, le BEL 20 a grimpé de 20%.

C’est simple, c’est le meilleur mois de novembre de l’histoire de l’indice belge, c’est une progression mensuelle jamais vue depuis la création de cet indice en 1991.

Mon métier est de m’occuper d’économie et c’est vrai que j’adore ça, car l’économie, c’est d’abord des hommes et des femmes avant les chiffres, mais justement, je n’arrive pas à m’habituer à ce côté anticipatif des marchés financiers. C’est vrai qu’ils anticipent une sortie de crise rapide grâce à l’arrivée de vaccins à l’efficacité redoutable – du moins si l’on en croit les communiqués de ces sociétés pharmaceutiques – mais je ne peux pas m’empêcher aussi de penser à l’après-crise.

Comme le faisait remarquer Damien Le Guay auprès de mes confrères du Figaro, la vraie pandémie est celle de la dépression accentuée par les confinements et la crise économique. En France, la fondation Jean Jaurès a mené une enquête qui glace le coeur, car elle confirme le lien direct entre crise et suicide, puisque selon cette étude 20% des Français envisagent de se suicider.

Et ça, c’est quelque chose que les marchés financiers et les gouvernements ne voient pas : ce sont les blessures invisibles. Nous sommes hélas dans le « pas vu, pas soigné ».

Voilà pourquoi j’ai eu mon coup de gueule hier à l’encontre de notre ministre de la Santé, la vie est déjà assez dure comme ça et nous pouvions nous passer d’un électrochoc ou effet-choc qui nous ramène à l’état d’enfants indisciplinés.

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