La guéguerre train-avion n’aura (peut-être) pas lieu

En France, la résurrection en grande pompe — le Premier ministre, Jean Castex, étant à bord — du train de nuit Paris-Nice, vendredi dernier, a ravivé le débat sur la suppression des lignes aériennes intérieures, que le gouvernement — et Air France ! — voudraient voir remplacées par le rail pour tous les trajets inférieurs à 2h30. Le premier, pour donner un gage  aux écologistes, car les élections approchent ; la seconde, parce que la compagnie aérienne nationale n’a jamais gagné un centime sur ses liaisons intérieures… sauf, précisément, Paris-Nice.

Des gains dérisoires

Ce seuil des 2h30 fixé par le gouvernement ne concerne en fait que cinq lignes sur le territoire français, raison pour laquelle l’association de consommateurs UFC-Que Choisir plaide pour un seuil de 4 heures, qui concernerait non pas 5 mais 18 lignes, représentant 30% du trafic intérieur et 6 millions de passagers.

Mais qu’en serait-il du coût et du gain de temps ? En moyenne, dans le premier cas, 8 euros de moins pour un gain de temps de… 6 minutes. Dérisoire, donc. Avec un seuil de 4 heures, le train serait moins cher de… 4 euros, mais plus lent de 40 minutes. Trainline, une agence de voyage spécialisée, a publié un document qui va dans le même sens.

Guère de sens

En fait, comparer des prix moyens n’a guère de sens quand les compagnies aériennes utilisent le « yield management ». Qui plus est, on a pris en considération des trajets du centre-ville à centre-ville. Et, comme le fait subtilement remarquer Le Figaro, il y a peu d’aéroports en centre-ville !

 «Supprimer une partie des lignes aériennes intérieures revient de fait à limiter l’offre de mobilité de certains territoires», reconnaît tout de même l’UFC-Que Choisir. « Cela n’est acceptable par les usagers que si l’offre de transport alternatif qui leur est proposée est à la hauteur de leurs attentes en termes d’offre, de fiabilité et de confort. Sans des tarifs maintenus, sans une qualité de service assurée, c’est le report vers la voiture individuelle qui serait à craindre ». Bref, le contraire de ce qu’on voudrait faire, puisque l’objectif final est de réduire les émissions de CO2, jure-t-on, la main sur le cœur, du côté des pouvoirs publics.

Car sur de longues distances, en France, la voiture reste le moyen de transport le plus usité et… le plus polluant. L’association de consommateurs ne l’a pas prise en compte dans ses calculs, la voiture répondant à un des besoins auxquels les transports en commun ne peuvent pas répondre. Mais elle veut « juste » interdire les vols de moins de quatre heures…

Il n’est pas interdit d’interdire

« La France n’a pas encore le pouvoir d’interdire les vols en Europe », semble regretter Mathieu Escot, directeur technique de l’association. Qui ajoute : « La loi ne peut pas être faite que pour faire plaisir à Air France ». Ni pour dicter au passager ce qu’il peut choisir ou non, serait-on tenté d’ajouter. Car le passager sait compter, et en fonction de ses besoins, le choix de l’une ou l’autre formule tombe sous le sens, tout simplement.

Pour Bruno Gazeau, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports, il ne sert à rien d’interdire : « Mieux vaut une bonne offre ferroviaire et les passagers d’eux-mêmes basculeront vers ce moyen de transport », estime-t-il. Enfin une parole sensée. Et une pierre dans le jardin de la République, qui ne songe décidément qu’à obliger ou interdire.

[Avec Le Figaro]

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