Le «Detouring» pour combattre l’«Overtourism»

Le très sérieux Washington Post s’est récemment penché sur ce phénomène qui préoccupe toute l’industrie du tourisme, et qu’on appelle « overtourism », ou « overbooked destination », ou encore « foreign invasion ». Quelles sont les destinations vraiment concernées ?

Le journal américain en pointe 20, parmi lesquelles certaines sont évidentes, d’autres moins, d’autres encore surprenantes. Et enfin certaines ont été oubliées : finalement, tout cela dépend aussi des endroits que le journaliste a visités.

Sans surprise, on trouvera Venise en tête de liste

C’est de là que le mouvement « Detouring » est parti, comme naguère le mouvement « slow food » avait aussi ses racines en Italie. Le Detouring est une sorte de lobby tendant à faire prendre conscience aux visiteurs qu’il vaut mieux éviter une visite en haute saison et la programmer plutôt hors saison ; qu’il faut aussi respecter les habitants, non seulement dans leur espace vital, mais aussi dans leurs coutumes et habitudes.

On voit qu’il ne s’agit pas stupidement de crier « tourists, go home », il s’agit avant tout de faire prendre conscience. Comme toujours, tout est question d’éducation.

Outre Venise, l’Italie est aussi « overbookée » à Vérone et à Rome

C’est plus surprenant pour Turin qui n’a pas chez nous la réputation d’une ville touristique. Et on citera aussi les villages proches et exceptionnels de Cinque Terre et Porto Venere, sur la Riviera.

En Espagne, Barcelone et Séville sont citées, tout comme El Camino, le chemin trop couru de Saint-Jacques de Compostelle. Mais étrangement les îles Baléares ne sont pas mentionnées, or c’est là que se cristallise surtout ce « tourism bashing », pour reprendre une expression à la mode.

La Croatie semble se plaindre de trop des visiteurs à Dubrovnik et Rovinj, et la Slovénie à Ljubljana. En Europe de l’Est, on sait la sur-fréquentation de Prague, parfois suffocante. En Europe du Nord, ce sont les villes d’Amsterdam et de Reykjavik qui souffrent, mais cette dernière l’a bien cherché : il fallait à tout prix faire entrer des devises, et donc des touristes après la faillite du pays en 2008.

On ne sera pas surpris de trouver dans la liste les sites du Machu Picchu et de Choquequirao ; mais les 4 derniers de la liste sont carrément surprenants.

Le Mont Everest est surpeuplé !

Le plus gros problème y est la quantité de déchets abandonnés par les « amis de la nature » que sont certains alpinistes. Il en est presque de même au Mont Toubkal, le sommet de la chaîne de l’Atlas au Maroc.

Le St-Cuthbert’s Way fait de la concurrence au Camino : c’est un trek trop couru dans le nord de l’Angleterre. Et enfin le plus étonnant : l’île de Baffin, dans le grand nord canadien ! Il nous reste donc pas mal de choses à voir dans le monde… Ce n’est pas une raison pour s’y précipiter !

On aurait pu ajouter beaucoup de villes, et surtout de sites dans cette liste : le Taj Mahal, les Galapagos, et même… Bruges ! dont les habitants « non-marchands » commencent à se plaindre.

La leçon de tout cela ? Réfléchissons à ce sympathique concept de « detouring », qui est un beau jeu de mot, exprimant à la fois le « non-tourisme » mais surtout le fait de proposer un détour. A méditer.

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