Le pavé dans la marre

L’excellent média, Déplacements Pro, donne sa tribune libre à Jean-Louis Baroux, expert en aviation commerciale. Et nous y lisons cet avis étonnant: il faut que les compagnies aériennes acceptent le retour aux commissions en faveur des agences de voyages. Lesquelles, selon l’auteur de l’article, représentent encore 70% de la distribution. Cela nous semble un peu trop élevé, mais soit: même à 50%, les AGV restent un distributeur incontournable.

JL Baroux argumente son raisonnement sur le fait qu’on soit arrivé, avec les LCC, au bas de la courbe tarifaire, on ne pourra pas faire plus bas. Rappelons notre propre expérience de l’été dernier: un Bruxelles-Rodez à 16€, soit moins cher qu’un Waterloo-Bruxelles et retour (34 km) en train (1e classe).

Or ce bas de la courbe n’offrira aucune possibilité aux compagnies (et aux aéroports) de financer la recherche pour l’avenir de l’aviation, notamment sur les carburants. Il y a fort à parier que les États, sous la pression écologiste, seront plus que réticents à financer les projets aériens futurs. C’est donc par une augmentation des tarifs qu’il faudra résoudre le problème, et aussi par le retour du commissionnement.

Il faut rappeler comment on en est arrivé à la suppression des commissions : cela s’est fait à la demande et sous la pression des grands groupes de voyages d’affaires, tels que CWT, lesquels bénéficiaient de toute manière déjà de «super commissions», négociées directement avec les principales compagnies. Ainsi, au lieu d’avoir 8% de comm, plus 12% de super comm, en supprimant les commissions, ces géants négociaient une nouvelle super comm à 20%!

Non seulement, ils n’y perdaient rien, mais ils éliminaient du même coup une multitude de petits concurrents. Les compagnies croyaient avoir trouver le bon moyen d’augmenter leurs recettes ; elles ont vite déchanté. Non seulement, elles avaient perdu le plus grand et le plus compétent réseau de distribution mondial, mais elles ont été obligées de mettre sur pied des call-centers coûteux… et incompétents pour la plupart, rendant leurs clients mécontents. De plus, le client était obligé de faire le tour des offres des différentes compagnies sur les GDS au lieu d’avoir l’avis neutre de l’AGV.

Cette décision fut un drame pour de nombreuses agences, dont les ventes IATA représentaient un apport important. Privées de la vente des billets, elles perdaient du même coup la clientèle d’affaires, les entreprises situées dans leur zone de chalandise et avec lesquels elles entretenaient des rapports de proximité, de bons servies, de bons conseils.

Nous appuyons donc totalement cette idée de JL Baroux. C’est sans doute un pavé dans la marre, et espérons qu’il éclabousse très loin !

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