L’inflation, l’arme secrète de l’Europe contre Poutine

Le président russe Vladimir Poutine visite l'usine de gaz naturel liquéfié sur la péninsule de Yamal, au-delà du cercle polaire, le 8 décembre 2017.

Au-delà du drame humain qui se joue en ce moment en Ukraine, la question posée sur le plan économique, c’est combien de temps, les Européens peuvent se passer de la Russie ?

A vrai dire, c’est même une course contre la montre qui se joue entre la Russie et l’Europe. Je n’évoque pas les Etats-Unis, car ils sont géographiquement loin du champ de bataille et ne dépendent pas de la Russie sur le plan énergétique comme nous le sommes. Pour Poutine, la réponse est claire, c’est l’Europe qui craquera la première.

L’Europe ne peut pas se passer de la Russie dans son esprit. D’ailleurs, si vous observez bien, Poutine a choisi d’attaquer l’Ukraine au moment où l’inflation en Europe est au plus haut. Notamment en Allemagne où la population est allergique à la hausse des prix (les Allemands sont de grands épargnants et majoritairement locataires, donc ultra-sensibles à l’inflation).

Par ailleurs, Poutine sait que notre vieux continent a un besoin urgent de gaz et de pétrole. Si nous avons débranché les banques russes du système de paiement Swift, nous avons laissé les paiements de gaz et de pétrole transiter encore via Swift. Qu’est-ce à dire ? Comme le disait le financier Charles Gave, qui comme vous le savez, n’a pas sa langue en poche, «lorsque les Européens ont utilisé l’arme atomique Swift pour interdire les banques russes des paiements internationaux, il semblerait que quelques banquiers sont tombés de leur chaise et ont téléphoné en haut lieu pour dire : euh, les gars, c’est gentil tout ça, mais si les Russes ne peuvent plus recevoir leur argent pour le pétrole et le gaz livré, vous allez tout simplement asphyxier l’Europe».

Et donc, oui, nous avons imposé des sanctions très dures à l’encontre de la Russie, mais pas au point de couper notre source d’énergie. Et ça, Poutine le sait aussi et a compris notre faiblesse énergétique. Or, cette guerre, c’est évident, il l’a préparée de longue date et a tout fait depuis quelques années pour «autonomiser» le plus possible son pays contre d’éventuelles sanctions.

Rien qu’avec les réserves de change dont il dispose à l’intérieur de son pays, Charles Gave nous dit qu’il peut tenir deux ans sans exporter quoi que ce soit, alors que nous autres en Europe, nous ne pourrions pas tenir plus de deux mois. Je ne sais pas si ces durées sont plausibles ou documentées, mais il est clair que la partie de bras de fer qui se joue en ce moment entre la Russie et l’Europe est une course contre la montre.

En réalité, l’Europe espère que la Russie va s’enliser en Ukraine comme d’autres en Afghanistan. Et pendant ce temps, c’est aussi ça le paradoxe, l’Europe espère que la chute du rouble – provoquée par les sanctions économiques – va entrainer une flambée des prix qui pourrait dresser le peuple russe contre le patron du Kremlin. L’idée secrète de l’arme des sanctions financières, c’est que même une dictature ne peut rien faire contre la valse des étiquettes et contre la colère populaire. Mais ce jeu consistant à utiliser l’arme de l’inflation contre Poutine est aussi une sorte de billard à trois bandes.

Motif ? La flambée des prix en Russie pourrait aussi nourrir le ressentiment de la population russe contre l’occident. Quant à la hausse du prix du blé, la Russie et l’Ukraine en sont les plus grands exportateurs, elle va aussi faire mal dans d’autres régions comme l’Afrique du Nord.

Charles Gave a raison de rappeler que la plupart des révolutions en Afrique du Nord sont nées de la hausse du prix du blé dur. Mes confrères du Point ont raison de rappeler que «de la chute de Louis XVI à celle du président Ben Ali en Tunisie, l’histoire nous enseigne aussi qu’inflation rime avec révolution».

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici