Poutine, le lion et sa proie

Poutine, le 15 février 2022.

Remplacez Mexique par Ukraine et vous comprenez la raison pour laquelle Poutine n’hésite pas à lancer une guerre en Ukraine. Réagir à chaud à une guerre n’est jamais simple, à ce stade d’information que peut-on dire ?

Primo: que si personne ne sait exactement ce qui se passe dans la tête de Poutine, on le sait mieux maintenant depuis cette nuit. Poutine est obsédé par la sécurité du territoire russe, il estime que l’Europe est à la solde des Etats-Unis, car il n’a cessé de poser la même question: comment réagirait Washington si la Russie entrait en alliance militaire avec le Mexique et y installait des missiles braqués sur les infrastructures américaines ?

Remplacez Mexique par Ukraine et vous comprenez la raison pour laquelle Poutine n’hésite pas à lancer une guerre en Ukraine.

Secundo: il a compris que ni l’Amérique ni l’Europe ne sacrifieront un seul soldat dans ce conflit. D’ailleurs, on ne parle que de sanctions économiques et financières depuis le début de cette triste histoire. Face à Poutine, c’est triste à dire, mais «nous ne sommes pas tous des Ukrainiens» – des déclarations comme «Ich bin ein Berliner», c’était dans le monde d’avant.

Mes confrères suisses du quotidien Le Temps le rappelle à juste titre, la solidarité, que ce soit avec la famille, des amis ou ici entre Etats, ne se juge pas aux mots, mais uniquement aux actes. Et Poutine a très bien compris que l’Ukraine ne fait pas partie de l’OTAN. Si ça avait été le cas, l’article 5 de l’Alliance aurait obligé les autres États membres à riposter à l’invasion russe comme si chacun d’eux avait été agressé.

Ce n’est hélas pas le cas de l’Ukraine qui ne fait pas partie de l’OTAN. Nous ne sommes pas dans le modèle des attentats du 11 septembre 2001 où le lendemain des attentats, citoyens et États se sont sentis solidaires. Ici, c’est encore pire : regardez juste les déclarations du Premier ministre italien, Mario Draghi. Il y a 5 jours à peine, il disait qu’il fallait cibler les sanctions contre la Russie, mais qu’il fallait éviter les ruptures de gaz. Quel aveu de faiblesse, la 3ème économie de la zone euro dépend à 90% du gaz russe et clame haut et fort qu’elle est hostile à des sanctions contre la Russie visant l’énergie.

Comment imaginer qu’un Poutine recule alors qu’il a là un alignement des astres qui lui est favorable ? Quant aux investisseurs boursiers, ils étaient assez calmes ces derniers jours, car par pur cynisme ils pensaient que Poutine allait s’en tenir à l’annexion de ces deux républiques.

Le seul vrai souci des marchés financiers, ce ne sont hélas pas les Ukrainiens, mais le cours du pétrole et du gaz. Pourquoi ? Mais parce que l’inflation est le seul gros problème aujourd’hui pour la Bourse.

Or, une «guerre du gaz» provoquerait une hausse de l’inflation et une montée des taux d’intérêt qui serait néfaste pour la Bourse. Au fond, Poutine, c’est le vieux lion qui attendrit sa viande en taquinant sa proie – et comme chacun le sait, un lion ne devient jamais végétarien – preuve en a été faite cette nuit.

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