Protégez votre moral, sélectionnez vos infos comme vos aliments

Dans ses célèbres maximes, le philosophe français Chamfort écrivait qu’il fallait avaler chaque jour un crapaud pour faire face à la dureté du monde. Ce bel esprit faisait allusion à la cour de Versailles et aux courtisans qui entouraient le roi Louis XIV.

Aujourd’hui, sa recommandation n’a pas pris une ride, sauf que c’est pour affronter la lecture des médias et des réseaux sociaux qu’il faudrait avaler un crapaud. La raison ? Les nouvelles anxiogènes sont partout et prennent le dessus sur les bonnes. Et on a beau se rappeler que les bonnes nouvelles ne sont pas des nouvelles pour les médias, il n’y a rien à faire, le climat anxiogène prend ses quartiers d’hiver.

Ces informations sur la crise sanitaire qui n’en finit pas, ces épidémiologistes qui ne sont pas d’accord entre eux, ce gouvernement de plein pouvoir qui tarde à venir alors que la crise, elle, n’attend pas. Et puis la litanie de ces sociétés en difficulté, sans oublier ce discours sur le pire qui serait encore à venir… Avouez qu’il faut un mental d’acier pour garder un peu d’optimiste.

Là encore, Chamfort vient à notre rescousse avec une très jolie formule. Face à la négativité ambiante, il écrivait dans sa prose inimitable qu’il faut « que le cœur se brise ou se bronze ». Pour ma part, je ne souhaite pas transformer votre coeur en bronze ou en fer forgé, mais juste rappeler la mécanique des réseaux sociaux, histoire de vous protéger contre le vent mauvais des mauvaises nouvelles.

D’abord, sachez que si ces nouvelles sont mises en avant, c’est à cause des ingénieurs et des neurologues de la Silicon Valley. Ils sont grassement payés pour savoir que nous avons tous un penchant (on parle de « biais » en psychologie) pour les mauvaises nouvelles. Normal, c’est quelque chose qui est ancré encore aujourd’hui dans notre cerveau reptilien. Notre penchant pour les infos négatives date de l’époque où nous étions entourés d’une nature hostile peuplée d’animaux prêts à nous déchiqueter.

Bref, pendant des millénaires, nous devions être en alerte permanente, être tout le temps sur le qui-vive, faire attention aux signaux négatifs, sinon on ne faisait pas de vieux os. Aujourd’hui, l’alerte se fait – fort heureusement – seulement par le système des notifications, renforcé lui-même par le choix de nos sujets préférés.

Résultat : les infos qui défilent sur nos smartphones nous enferment dans une bulle, non pas de 5 ou de 10, mais de milliers d’informations qui flattent le plus souvent nos penchants les plus négatifs.

Je déjeunais récemment avec un homme politique. Il m’expliquait qu’avant lorsqu’il investissait 1.000 euros de publicité pour son parti dans un journal local et qu’un parti nationaliste avec des penchants racistes faisait de même, ils avaient a priori payé pour une audience comparable. Mais aujourd’hui, ce parti nationaliste investit les mêmes 1.000 euros non plus dans un quotidien mais dans les réseaux sociaux.

Et là, c’est un monde de différence : ce parti voit son message être commenté, liké, partagé cent fois plus que le message de mon interlocuteur. Comment lutter à armes égales lorsque son propre message est dans la nuance et non pas l’éructation ou la vindicte à l’égard des « réfugiés » ou des « wallons fainéants ».

Bataille hélas perdue. Motif ? Les messages négatifs, clivants, voire haineux suscitent plus d’engagements (interactions) de la part du public et donc, les algorithmes les mettent automatiquement en avant. Bien entendu, les dirigeants des réseaux sociaux nous disent qu’ils essaient de gommer ces aspects négatifs mais leur fonds de commerce n’est pas la nuance, ni le positivisme à toutes les sauces, car être positif, ce n’est pas viral.

Mon conseil est donc le même que celui du célèbre écrivain néerlandais Rutger Bregman : Sélectionnez les informations que vous ingurgitez avec autant de soin que les aliments que vous consommez.

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