Sud-Est asiatique: une crise généralement mal gérée

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Avec l’interdiction à tout étranger d’entrer sur le territoire de Singapour lundi soir (étendant une interdiction existant pour les pays à risques), toute l’Asie du Sud-Est, l’un des continents les plus populaires pour les touristes, est désormais totalement fermée aux voyageurs. Une situation qui a pourtant traîné et décrédibilisé la gestion par les autorités de cette crise…

Avec plus de 4.000 cas de personnes contaminées au Covid-19 hier, l’Asie du Sud-Est prend désormais la mesure de l’urgence de la pandémie. En quinze jours, le chiffre des personnes atteintes a été de fait multiplié par douze. Malheureusement, peu de pays dans la région ont réagi à temps. Singapour a été la plus rapide à mettre en place des tests pour les étrangers arrivant dans le pays et à appliquer des mesures permettant de ralentir la progression du virus.

Le Vietnam a été aussi relativement constant, suspendant dans les premiers jours de mars visas et autorisations d’entrée sur le territoire aux citoyens venant de pays à risques. La Malaisie s’est montrée aussi relativement efficace, tout comme les Philippines, qui ont d’abord mis en quarantaine Manille, puis l’ile de Luzon, pour finalement mettre sous cloche sanitaire tout le pays.

Marché flottant de Can Tho – Vietnam ©Hervé Ducruet

Lents à la détente

Les autres pays ont été plus lent à agir pour des raisons essentiellement culturelles, inhérentes au caractère asiatique qui tend à préserver une bonne image plus qu’à résoudre les problèmes. Ainsi, Thaïlande, Cambodge ou Laos ont permis jusqu’à fin février aux voyageurs chinois de venir sur le territoire pour ne pas froisser le grand voisin –également grand pourvoyeur d’investissements.

L’Indonésie ou la Thaïlande ont été les premiers pays à blâmer les touristes étrangers pour l’épidémie, touristes étrangers que ces deux pays continuaient d’ailleurs d’autoriser sur leur territoire!

Le plus troublant a été pendant plusieurs semaines le niveau de contamination extrêmement faible dans la région. Par exemple, alors que Singapour recensait plusieurs cas positifs de coronavirus sur des personnes ayant précédemment séjourné en Indonésie, l’archipel a réfuté ses affirmations, indiquant que ces visiteurs avaient été « en transit ». Le vice-président indonésien a même osé dire que c’était ses prières qui avaient permis de contenir l’arrivée du virus. On en rirait si les conséquences n’étaient pas si tragiques.

Plage de Bintan – Indonésie ©Hervé Ducruet

Le Laos et la Birmanie dans le déni

Deux pays sont encore dans un déni total. Le Laos qui continue de clamer avoir zéro cas de coronavirus, une affirmation qui tient de l’affabulation par le seul fait que le pays est entouré par la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge et la Chine, les quatre recensant des cas de Covid-19.

D’autant que les frontières avec la Thaïlande et la Chine sont très ouvertes. Le «0 cas » laotien semble donc surréaliste. Même situation en Birmanie qui se déclare totalement immunisée par le virus. Il faut dire qu’il n’existe qu’un seul laboratoire de tests pour tout le pays.

L’Indonésie, après avoir recensé deux cas uniques, a depuis atteint près de 600 cas et les chiffres augmentent jour après jour. Le Président indonésien a dû finalement admettre la semaine dernière que le gouvernement avait occulté les chiffres pour ne pas « affoler les populations ».

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Et aider à la diffusion du virus sur tout l’archipel… On comprend mieux maintenant la soudaine résurgence de cas de Covid-19 dans la région et cette fièvre soudaine des gouvernements à fermer leurs frontières, suspendre les visas et imposer une quarantaine totale (Malaisie et Philippines) ou partielle (Indonésie, Singapour ou Thaïlande).

Côté aérien, la plupart des compagnies ont suspendu leurs fréquences, seule Thai Airways International opérant encore une poignée de vols avec l’Europe. Mais elle reste seule, jusqu’à nouvel ordre. Même Singapore Airlines a décidé d’abandonner totalement la desserte de l’Europe au fur et à mesure que la pandémie progressait sur le continent.

Confiance mise à mal?

A long terme, la mauvaise gestion de la crise dans certains pays de cette zone pourrait laisser des séquelles auprès des voyageurs. Certains vont désormais se poser des questions sur le degré de confiance qu’ils peuvent accorder à certains gouvernements de pays où les crises (sanitaires ou de toute autre nature) semblent être passées sous silence au nom de l’argent.

Les remarques xénophobes du Ministre thaïlandais de la santé envers les touristes blancs flirtent avec un racisme malsain qui laisse un goût amer.

D’autant que le Ministre du tourisme n’a jamais émis la moindre protestation sur les insultes proférées par son collègue à l’encontre des voyageurs occidentaux, accusés lors d’une de ses diatribes d’être sales et porteurs du virus…

Il faudra donc beaucoup de courage, d’astuce et de créativité aux offices de tourisme nationaux pour reconstruire une confiance certainement écornée par les actes de gouvernements surpris par cette pandémie sans précédent. A terme, tout devrait cependant rentrer dans l’ordre et les gens oublieront. Mais au bout de combien de temps?

(Luc Citrinot, Bangkok)

 

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