TUI Care Foundation au Sri Lanka : des éléphants et des hommes

TUI Care Foundation milite et agit pour le développement durable dans les destinations de vacances. Un sérieux défi peu mis en avant par le leader du tourisme mondial, TUI Group. Pagtour est allé voir sur le terrain et a rencontré des humains et des éléphants qui, au Sri Lanka, illustrent le travail accompli.

TUI Care Foundation est présente dans plus de 25 pays et gère, à ce jour, une trentaine de projets liés à l’éducation et la formation professionnelle dans le tourisme et l’hôtellerie, au développement des économies locales dans le but de les faire davantage profiter des revenus du tourisme et la préservation de l’environnement dans les destinations de vacances.

L’homme et la bête : chaque année, des morts dans les deux camps

Un modèle de prévention appelé à se reproduire dans toute l’Asie (©Movi Press)

Pour juger sur place, quelques représentants de la presse internationale ont été conviés à se rendre au Sri Lanka, pour une rencontre avec les partenaires de la fondation et, particulièrement, pour visiter un nouveau projet de protection de la vie sauvage qui pourrait être répliqué dans de nombreux autres pays. Un véritable changement de paradigme face au conflit entre les hommes et les éléphants dans à peu près toute l’Asie. En effet, la cohabitation entre les deux est une source constante de problèmes, cultures piétinées et hommes en danger d’un côté, animaux maltraités ou déplacés de l’autre. On compte chaque année des morts dans les deux camps. Et le tourisme a aussi sa part de responsabilité dans ce conflit.

Des bombes dans les légumes

Au Sri Lanka, une population de 22 millions de personnes sur une île seulement deux fois plus grande que la Belgique, les éléphants occupent 62% du territoire dont ils partagent 70% avec les humains. Il s’agit de la deuxième plus grande population de pachydermes en Asie, et le pays où le plus grand nombre meurent chaque année.

Le Dr Frenando Prithiviraj et son installation solaire pour les clôtures.

Parce que les bêtes ne font pas le détail lorsqu’il s’agit de se nourrir, elles piétinent les cultures à peine suffisantes pour les humains, saccagent les villages pour pénétrer dans les greniers à céréales et ingurgitent par la même occasion des déchets qui les blessent ou les tuent – notamment le plastique. Autrefois, ces terres leur appartenaient. Pourquoi devraient-elles se sentir freinées par la déforestation de leur jungle, des barbelés ou des pétards pour aller jusqu’à leur point d’eau ou pour rejoindre leur troupeau ?

De l’autre côté des barrières inutiles, certains villageois et agriculteurs, parfois au bord de la famine, n’hésitent pas à passer à la vitesse supérieure et camouflent des bombes dans des légumes. Radical. Des morts de chaque côté. Des familles d’humains détruites et une population de pachydermes passée de 12.000 à quelque 6.000 en trente ans.

L’éléphant n’est pas une bête de cirque

Lotte Kuistermans, Project Manager, et Lena Strehl, Head of External Affaires ( TUI Care Foundation), entourent Shanika qui rêve d’ouvrir son propre restaurant (©Movi Press)

Parmi eux, quelques centaines restent domestiqués. Pour le transport du bois, pour les temples qui seront représentés lors de la parade annuelle de Kandy, pour le tournage de films et, encore parfois, pour de stupides numéros dégradants. Et pour les touristes, qui aiment se hisser sur ces grosses bêtes sympathiques, pour grimper une colline ou se pavaner dans la ville. Une loi prévoit désormais une selle rembourrée et maximum quatre personnes pour cette expérience dont on sait aujourd’hui qu’elle impose un dressage cruel aux animaux qui souffrent et sont aussi extraits de leur habitat et séparés de leur famille. Les organisateurs de voyages ont donc la responsabilité d’informer les touristes qui trouveront encore sur leur chemin ce genre d’attractions. Contre cette violence qui les détruit, certains pachydermes se déchainent, au propre comme au figuré, et peuvent s’attaquer aux humains.

Pour les éléphants qui ont la chance de vivre en liberté, la vie n’est pas beaucoup plus simple. La migration forcée ou le parcage dans des parcs divisent les troupeaux et les familles et les animaux meurent beaucoup plus vite et deviennent agressifs. Les petits sont pris dans des pièges ou tombent dans des puits. Jusqu’ici, pour éviter ces conflits avec les humains, de plus en plus nombreux sur les mêmes territoires, on a déplacé les bêtes de leur habitat naturel (où ils reviennent, même de très loin) ou on les a enfermées dans des réserves protégées. Rien n’a résolu le problème.

Un nouveau paradigme écologique et touristique

Les jeunes diplômés de la TUI Academy Sri Lanka (©Movi Press)

Le projet supporté par TUI Wildlife Sri Lanka est mené par le Dr Fernando Prithiviraj, qui étudie les éléphants depuis plus de trente ans et est l’expert du Centre for Conservation and Research du Sri Lanka. Avec son programme Live and Let Live l’homme propose de résoudre la difficulté de cette cohabitation en aidant la population à protéger son environnement en plaçant des clôtures électriques autour de leurs champs et des villages. Préserver les zones habitées sur le passage des éléphants en respectant la nature. Cela peut paraître déroutant : enfermer les humains au lieu d’enfermer les pachydermes.

Mais, c’est un retour à la nature qui satisfait réellement les habitants de Bendiwewa – un village en bordure du Kaudulla National Parc, au centre du pays. « C’est une solution écologique et pacifique, surtout que ces clôtures sont alimentées par l’énergie solaire. Nos cultures, nos enfants, nos villages sont protégés. Une fois les récoltes réalisées, nous déplaçons ces grillages et les éléphants peuvent manger les légumes restés sur les champs et se déplacer. »

La réception, un poste très couru par les étudiants de l’Academy, et une nouveauté pour les jeunes femmes. (© TUI Care Foundation)

Les villageois peuvent aussi développer un tourisme durable afin d’augmenter leurs revenus : « Les touristes peuvent venir voir les éléphants en toute sécurité et on peut leur montrer comment il est possible de cohabiter sans les maltraiter. » explique Lotte Kuistermans, Project Manager TUI Care Foundation. On appelle cela du safari slow. C’est peut-être moins spectaculaire mais la sensation de pénétrer un espace sauvage sans perturber cette vie naturelle est aussi un plaisir que le voyageur doit apprendre à respecter. Cette nouvelle pratique touristique s’accompagne d’un contact plus serré avec la population qui met un point d’honneur à conscientiser les visiteurs à une réalité peu commentée dans les circuits traditionnels et les invite à partager un moment de leur vie au cœur d’un village sécurisé – souvent une dégustation de spécialités du cru, parfois un peu d’artisanat.

The Gathering

C’est la saison sèche dans l’état d’Anuradhapura, et les pachydermes sont à la recherche d’eau – c’est le Gathering, le plus grand rassemblement d’éléphants d’Asie du monde, qui se déroule chaque été, entre juillet et septembre. Le site attire énormément de touristes du monde entier. Ce qui peut paraître paradoxal, mais le parc de Kaudulla est un lieu de passage entre quatre autres parcs et assure aux animaux de vastes espaces naturels.

©Movi Press

A bord de nos jeeps affrétées par le Cinnamon Nature Trails, spécialiste des excursions écologiques et partenaire du TUI Wild Life Sri Lanka, nous croisons près d’une centaine d’éléphants, beaucoup de femelles avec leurs petits, des mâles géants un peu à l’écart. Il y a également beaucoup d’oiseaux et d’autres animaux attirés, eux aussi, par l’immense lac Kaudulla où tous se rassemblent à la fin du jour. Des dizaines et des dizaines de véhicules rejoignent le point d’eau mais ne dépassent pas une ligne virtuelle, le spectacle est superbe et personne ne se plaint de ne pas pouvoir s’approcher davantage.

Le lendemain, en descendant vers le sud, un safari sur le lac Mandampe et la visite d’un petit orfèvre de Ambalangada qui travaille l’argent, illustrent parfaitement deux des joyaux du Sri Lanka : la faune et la flore, et les bijoux. Sans oublier le thé. Toute cette route se fait en bus et permet de voir défiler les paysages et la vie des villages et petites villes traversés tandis qu’un excellent guide raconte l’histoire de son pays en fonction des thèmes abordés par la TUI Care Foundation. Une forme de tourisme responsable qui prévalait à cette visite de terrain qui nous a menés à travers une partie du pays, avec notamment quelques sites incontournables. Comme Kandy, place-forte de la spiritualité du peuple sri lankais -entre le Grand Bouddha qui s’élève au-dessus de la ville et le Temple de la Dent sacrée. Ou Galle, l’ancienne cité coloniale, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco.

TUI, « un formidable réseau »

Il paraît que TUI Care Foundation n’aime pas trop être associée à la marque TUI – souvent synonyme de tourisme de masse, lui-même associé à la dégradation des sols foulés et le désintérêt des populations et lieux visités. On propose alors que la fondation change de nom. « Ah non, impensable ! » répond Lena Strehl, Head of External Affaires TUI Care Foudation. « TUI est un formidable réseau, indispensable en amont pour trouver des donateurs et des partenaires, et en aval pour conscientiser les touristes. Aussi, l’histoire de TUI Care Foundation appartient au groupe puisque ce sont des employés de la compagnie, bénévoles écologiques en-dehors des heures de bureau, qui, en 2016, ont suggéré à leur employeur de créer une association caritative pour développer des projets durables sur le terrain. » La proposition est accueillie avec enthousiasme, la fondation est rapidement créée, son indépendance bien cadrée par un conseil de surveillance indépendant et son efficacité dans les destinations de vacances confortée par la marque… TUI – évidemment.

Relever l’économie par le tourisme

D’ailleurs, au Sri Lanka comme dans sept autres pays, des partenariats et des projets sont directement assurés par le groupe. Ainsi, la TUI Academy Sri Lanka pallie, à son niveau, le manque criant de qualification et les 26% de chômage. Chargée de former les jeunes les plus défavorisés aux métiers de l’hôtellerie et du tourisme, avec un focus appuyé sur les jeunes filles, l’Academy assure trois mois de classes théoriques et trois mois d’expériences dans divers services. Une première session a vu 150 diplômés de 17 à 24 ans placés dans des hôtels partenaires (Hilton, RIU, Marriott, Aitken Spence Hotels) pour faire leurs armes avant de s’éparpiller dans le pays et même plus loin – comme les Maldives ou les Emirats arabes unis. Pour la visite de la fondation, tous ont mis les petits plats dans les grands et affiché un professionnalisme exceptionnel. Réalisation et présentation de cocktails, repas et service à table. Leurs supérieurs, dans les cuisines, aux étages ou même à la réception ne tarissent pas d’éloges.

La formation des jeunes : une des solutions

Interrogés, tous les élus ne cachent pas leur bonheur et leurs espoirs. « J’e n’avais aucun plan et j’ai appris à rédiger un cv. Je veux être chef coq ! » (Dilshan), « J’ai hâte d’aider ma famille avec mon premier salaire. » (Sampath), « Je ne parlais pratiquement pas l’anglais. Aujourd’hui j’organise des événements et des soirées. Je veux être réceptionniste, pour avoir des contacts avec les voyageurs de tous les pays. » (Ghan), « Comme fille, je pensais que je n’aurais pas beaucoup de possibilités d’avancer dans ce secteur. Culture et traditions sont tenaces, on ne peut toujours pas être concierge ou travailler la nuit. Mais cela change, et là je pense carrément à ouvrir mon restaurant ! » (Shanika) « Notre génération veut remettre l’économie du pays sur pieds. Le tourisme est un bon levier. » Umeshkar) « Nous allons changer l’industrie du tourisme. En tous cas, je continuerai à travailler si j’ai des enfants ! » (Nethmi) Si elle reçoit de nouveaux subsides, l’Academy continuera son programme après 2024. Ça vaut vraiment le coup.

TUI Belgium soutient la TUI Care Foundation

TUI et son programme de Fair Travel soutient la TUI Care Foundation et participe à une vingtaine de projets communs. Plusieurs hôtels proposés par le voyagiste sont des partenaires de la TUI Care Foundation. Au Heritance Ahungalla, par exemple, comme au RIU Sri Lanka, tout proche, on y croise des jeunes employés formés par la TUI Academy.

Piet Demeyere, Head of External Communications TUI Belgium, considère la destination comme très belle, variée et bien organisée. « Après quelques années de remous, elle mérite une nouvelle attention. Elle est idéale pour se poser dans un hôtel de plage après un circuit qui associe culture et nature. Elle est plus facile que l’Inde, proche, car les distances y sont moins longues et les contacts avec les locaux très faciles. Quatre hôtels sont particulièrement engagés dans le Fair Travel et la durabilité de leurs initiatives et les clients peuvent filtrer leur choix en fonction de leur intérêt pour cette dimension. »

Pratique
. La TUI Care Foundation suggère aux agents de voyage de visiter son web site (https://www.tuicarefoundation.com/fr), de lire son histoire et de la partager avec leurs clients. « Et, pourquoi pas, inclure une visite du Wild Life Project dans le circuit ? Les touristes sont de plus en plus intéressés par la nature et le développement des pays qu’ils visitent. Parfois il suffit de les informer. »
. https://www.tui.be/fr/fair-travel
. Un guide sur place : [email protected]

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