Afrique : quel tourisme dans un écosystème très fragile

Voyage” en swahili se dit “safari”. À l’époque coloniale, il faisait le plus souvent référence aux expéditions de chasse dans les colonies anglaises et allemandes. L’Afrique est un continent absolument fabuleux, et pourtant encore tellement mal connu et interprété. Ce qui intéresse le touriste occidental, ce sont évidemment la faune en premier lieu, les traditions culturelles ensuite, et aussi les paysages, la flore, etc. Pour cela, les puissances coloniales suivies par les autorités nationales ont créé de vastes zones d’aires protégées. Rappelons pour se faire une idée la plus exacte possible que la superficie de la Belgique est de 32.000 km². Et citons quelques autres données chiffrées : la Zambie compte 635 aires protégées couvrant 286.161 km² ; le Zimbabwe compte 232 zones protégées sur 106.838 km² ; le Botswana compte 22 zones protégées couvrant 169.370 km².

Ces zones protégées sont d’une grande diversité. Certaines sont des aires transfrontalières, très complexes à gérer entre terres communautaires, terres privées et zones officiellement protégées par les Etats. On trouve aussi des Réserves naturelles intégrales, où les impacts humains sont strictement contrôlés ; des zones de nature sauvage, peu habitées ; des “monuments” au sens américain du terme, souvent des éléments naturels tels que les chutes Victoria ; des aires de gestion des habitats ou des espèces ; des paysages terrestres ou marins protégés ; les parcs nationaux ; et enfin des aires protégées avec utilisation durable des ressources naturelles. On voit qu’il n’est pas simple de faire cohabiter les populations locales, les animaux et les exploitants de ressources naturelles.

Le braconnage, tout le monde le sait, est la plaie de l’Afrique subsaharienne. Les agents d’Etat qui luttent contre cela coûtent cher et sont inefficaces, parce qu’ils n’ont pas le plus souvent la connaissance du terrain sur lequel vivent les communautés locales. La solution est d’enseigner aux populations l’importance de la conservation. Il faut impliquer les communautés locales dans les prises de décisions et faire participer les membres du village à la lutte contre ce fléau.

Prenons un exemple de conservation parmi d’autres, mais sans doute le plus évident de tous : celui du rhinocéros, en très grand danger de disparition. Sa protection est exemplaire de ce que les techniques actuelles sont capables de faire. Pour préserver sa diversité génétique, on collecte le sperme et les ovules des animaux, et les échantillons sont conservés dans une bio-banque, un grand réservoir génétique qui permet la reproduction assistée. C’est à la fois magnifique et dramatique, puisque cela montre à quel point la nature est affaiblie et doit compter sur la science.

Le tourisme tel qu’il est mis en œuvre dans le cadre de projets communautaires contribue de manière positive à la conservation des aires protégées. Les populations locales reconnaissent maintenant le lien entre la conservation, le tourisme, et l’amélioration de leurs conditions de vie.

Reste le problème très controversé de la chasse. Le tourisme de chasse est vu par ses pratiquants comme un tourisme sportif dans lequel les animaux sauvages sont considérés comme des trophées. Il a évidemment ses partisans et ses opposants, les questions les plus débattues touchent à la moralité et à la conservation des espèces.

En Tanzanie par exemple, la chasse génère 92% des revenus de la réserve de Selous, comptant 48.000 km². En Afrique du Sud, les revenus de la chasse contribuent à l’industrie de l’élevage du gibier. En Namibie, l’importance des revenus de la chasse a incité à la création de 70.000 km² supplémentaire de réserve. Il est évident que le problème est éthique, et largement symbolique. Les pays qui ont interdit la chasse, comme le Kenya, la Tanzanie et la Zambie, sont revenus (pour ces deux derniers) sur cette interdiction, parce qu’elle a laissé la place à plus de braconnage et à moins de conservation, laquelle était privée de ses revenus.

Le problème n’est pas simple, et comme toujours rien n’est tout blanc ou tout noir, en Afrique moins d’ailleurs. Notre devoir à nous, Occidentaux, est de protéger ce continent de manière intelligente, contre tous les arnaqueurs du monde ; la tâche est démesurée, mais pas impossible.

Marc Dans (avec Gaëlle Calonne, étudiante)

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