Grandes manoeuvres chez les géants du tourisme allemand

De la crise sanitaire à l’invasion de l’Ukraine, les cartes du tourisme sont rebattues en Allemagne. Une fusion serait en préparation entre les numéros deux et trois du secteur en Europe, DER Touristik et FTI Group. TUI, le leader mondial, se cherche pour sa part un nouvel actionnaire principal.

DER Touristik Group serait en négociation avancée pour racheter le groupe munichois FTI, selon le quotidien économique Handelsblatt. La division tourisme du groupe de distribution Rewe, basé à Cologne, continuerait ainsi ses emplettes, lui qui a notamment racheté Kuoni en 2018. Une holding chapeauterait les deux groupes. Mais il reste encore de nombreux obstacles à surmonter avant la conclusion d’un tel accord. S’il s’agit tout de même de la fusion de deux acteurs majeurs du secteur, numéro deux et trois du tourisme européen, la présidente de l’association des agences de voyage allemande VUSR, Marija Linnhoff, compte tenu notamment du nombre d’acteurs, s’avance quelque peu en estimant que les autorités de la concurrence ne devraient pas retoquer le projet.

Plus préoccupant est en revanche le niveau d’endettement (environ 1 milliard d’euros) de FTI : il est dès lors question d’effacer la moitié de cette dette, que les créanciers devraient approuver dans le cadre de la reprise. Pour Marija Linnhoff, cela permettrait d’éloigner le spectre d’une faillite du voyagiste, laquelle ferait peser un risque majeur sur le Fonds allemand de garantie des voyages. S’ajoute aussi une crainte liée à la méfiance des consommateurs allemands pour les acteurs du tourisme en difficulté, surtout depuis les faillites d’Air Berlin et de Thomas Cook entrainé à sa perte notamment suite au rachat mal maitrisé du britannique My Travel.

Autre souci concernant le voyagiste munichois : sa nécessité de moderniser son outil informatique et de corriger certains défauts de son système de distribution Atcom. Les cultures d’entreprise de DER et FTI sont également très différentes. Et certains observateurs de noter que les produits sont assez proches et la segmentation de l’offre déjà disparate. En revanche, les synergies plaident en faveur du rapprochement, qui permettent de dégager des marges précieuses dans un secteur où elles sont très faibles.

Cette fusion de DER (4,8 milliards d’euros de CA en 2019) et FTI Group (4,2 milliards) donnerait naissance à un nouveau géant du tourisme, dont la taille le plaçerait toutefois encore loin du numéro un mondial, le TUI Group (19 milliards de CA en 2019, 16,55 milliards sur le dernier exercice).

Le géant de Hanovre est pour sa part en quête d’un nouvel actionnaire principal. Cela fait en effet dix mois qu’Alexei Mordashov a été contraint à la démission du fait des sanctions européennes ayant suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais l’oligarque russe a transféré la plupart de ses actions (environ 30%) à sa nièce. Et l’objectif est désormais de diluer de moitié les parts de cette dernière en augmentant le capital du groupe touristique.

L’arrivée de nouveaux actionnaires permettrait en outre d’accélérer le remboursement des prêts auprès de l’Etat et du groupe bancaire KfW contractés pendant la crise du Covid. Des investisseurs chinois auraient fait part de leur intérêt, comme l’a confirmé le directeur général de TUI, Sebastian Ebel. D’importantes décisions devraient ainsi être officialisées lors de l’assemblée générale du voyagiste le 14 février prochain.

 

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