La pénurie de pilotes mobilise les compagnies aériennes

Les besoins en pilotes seront de plus en plus importants ces prochaines années. De nombreuses compagnies aériennes anticipent une possible pénurie en misant fortement sur la formation. Le choix de ne voler qu’avec un seul pilote dans le cockpit est aussi une option sérieusement envisagée.

On sait le recrutement des pilotes très cyclique. Quand l’activité est au beau fixe, comme c’est le cas aujourd’hui, la question devient vite très sensible pour les compagnies aériennes. D’autant que ces dernières tablent désormais sur une saison estivale proche de celle de 2019, une reprise qu’elle avait pas prévue aussi rapide. A cela s’ajoute le fait que le Covid a accéléré les départs à la retraite des pilotes “seniors”, tout en ralentissant le recrutement des jeunes.

Certains grands transporteurs s’inquiètent aujourd’hui des conséquences d’un manque de pilotes expérimentés dans les prochains mois. Chez Lufthansa, où perdurent les difficultés de recrutement de personnel dont des pilotes, est envisagé à titre préventif la suppression de milliers de vols cet été, comme la saison dernière, histoire d’éviter des annulations de dernière minute et des scènes de chaos dans les aéroports. Le journal économique allemand WirtschaftsWoche parle même de quelque 34 000 vols supprimé, soit 10% de son programme initial. Et ces suppressions pourraient concerner aussi les autres compagnies du groupe Lufthansa (dont Brussels Airlines). American Airlines, confronté au même défi, aurait déjà supprimé 50.000 vols de son programme estival…

L’enjeu est donc majeur pour les compagnies aériennes. Air France envisage ainsi d’embaucher près de 600 nouveaux pilotes cette année (après 450 l’an dernier). Elle a rouvert sa filière de formation de pilotes cadets fermée pendant la pandémie, une formation entièrement prise en charge par la compagnie aérienne française. Et cette dernière anticipe dès à présent les difficultés de l’été, proposant à ses pilotes de renoncer à leurs congés en juillet et août en échange d’une prime pouvant aller jusqu’à 2.800 euros par semaine, selon le quotidien économique Les Échos.

easyJet s’apprête pour sa part à recruter 200 nouveaux aspirants pilotes pour rejoindre son programme de formation “Génération easyJet”, d’une durée de deux ans environ, lui aussi pris en charge par la compagnie en partenariat avec les académies d’aviation européennes de CAE (dont l’une se trouve à Bruxelles). Le transporteur britannique a pour objectif de former et recruter un millier de nouveaux pilotes d’ici 2027.

Une formation onéreuse

TUI fly Belgium rappelle de son côté qu’elle vient d’engager 15 étudiants de son académie de pilotes lancée en 2017, lesquels ont suivi un programme de formation leur permettant de devenir first officer (co-pilote) en 19 mois, en bénéficiant de conditions financières attractives. Les élèves pilotes de Swiss formés par Lufthansa Aviation Training Switzerland (LAT) bénéficient aussi d’un soutien financier.

Si le métier de pilote attire de nombreux candidats, la formation est en effet onéreuse : un jeune qui veut obtenir une licence de pilote de ligne doit débourser en moyenne plus de 120 000 euros. Le coup de pouce des compagnies est donc le bienvenu. Et il s’accompagne bien souvent d’une volonté de se montrer plus « inclusif ». La question des femmes est notamment un enjeu majeur : elles ne représentent qu’environ 6 % des pilotes dans le monde. easyJet s’efforce d’y remédier en encourageant davantage de femmes à participer à son programme de formation. La compagnie britannique a aussi annoncé récemment un partenariat avec Fantasy Wings – une organisation de jeunesse leader en matière de diversité dans l’aviation – afin d’offrir aux jeunes femmes et aux jeunes issus de minorités ethniques la possibilité de se lancer dans une carrière dans l’aviation.

Un besoin de 612 000 nouveaux pilotes d’ici 2041

Les compagnies doivent bien sûr gérer une pénurie très conjoncturelle. Mais il leur faut aussi anticiper leurs besoins à des horizons plus lointains. Boeing, en 2018, tablait sur des besoins de recrutement de « 790 000 pilotes d’ici 2038» (540 000 selon l’estimation d’Airbus). Le constructeur aéronautique américain – qui propose aussi son programme de formation – révisait à la baisse ses prévisions quatre ans plus tard, mais tablait tout de même sur un besoin de 612 000 nouveaux pilotes d’ici à 2041… Dont 122.000 rien que pour le continent européen ! Un chiffre supérieur aux capacités de formation aujourd’hui disponibles…

Une des sérieuses options envisagées, pour réduire le risque de pénurie de pilotes, est l’autorisation de ne faire voler les avions qu’avec un seul pilote au lieu de deux. L’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) estime cette option envisageable dès 2027. Mais les syndicats de pilotes témoignent de leur inquiétude. Quid de la pression sur le pilote seul dans son cockpit ? Peut-on s’assurer à 100% de la fiabilité des systèmes autonomes appelés à prendre le relais en cas de défaillance du pilote ? Comment dès lors compléter l’expérience des plus jeunes au contact de pilotes plus chevronnés ?

Au début de l’aviation commerciale, le cockpit comptait un commandant de bord, un copilote, un mécanicien de bord, un navigateur et un opérateur radio. Certains argueront que l’évolution vers un seul pilote s’inscrit dans la suite normale des choses, que l’avion est aujourd’hui un mode de transport incroyablement sûr. D’autres mettront plus volontiers l’accent sur les économies réalisées ainsi par les compagnies aériennes…

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