Neuchâtel, une ville, un lac, un canton

La cour intérieure du château avec ses façades dorées d’un côté et blanches de l’autre.

Au pied des contreforts méridionaux du massif du Jura s’étire le plus grand lac entièrement situé sur le territoire suisse, le lac de Neuchâtel. Sur sa rive nord-ouest apparaît la plus grande ville de la région construite en grès jaune, Neuchâtel qui marie tous les charmes d’une ville d’eau historique et le dynamisme d’une capitale cantonale du même nom.

L’hôtel Beaulac qui nous reçoit jouit d’un emplacement exceptionnel au bord du lac Neuchâtel et du port de la ville éponyme tout en étant à deux minutes à pied du centre historique. De quoi nous inviter à commencer par une balade au bord de l’eau. Aux heures chaudes de l’après-midi, le grand port voit danser quelques bateaux de croisière et des petits voiliers privés. On devine déjà que c’est autour du bassin que les soirées sont festives sur l’une ou l’autre des terrasses.

La lumière tombe sur le petit port du lac de Neuchâtel et offre une symphonie de bleus.

On tourne le dos à l’imposant Hôtel des Postes de 1896 tout en pierre jaune pâle, ce qui a fait dire à Alexandre Dumas que «la ville semblait être taillée dans une motte de beurre» ! Le bâtiment affiche sous sa corniche les noms des 31 premiers pays membres de l’Union Postale Universelle fondée en 1874 par un neuchâtelois. On y découvre entre autres la Perse qui a disparu depuis de la carte du monde.

On préfère se laisser bercer par le clapotis des flots. Avec ses reflets changeants, le lac offre un paysage extraordinaire sur les Alpes en toile de fond. La promenade aboutit sur l’Esplanade du Mont-Blanc, une vaste terrasse fleurie jalonnée de statues d’artistes. La vue s’y ouvre à 360°, sur le lac bien sûr mais aussi sur la ville qui laisse déjà apercevoir la tour des prisons, la collégiale et le château. De quoi nous inviter à emprunter le passage souterrain en direction de la vieille ville.

Depuis les terrasses de l’Hôtel DuPeyrou, on devine les rives du lac de Neuchâtel.

Une cité millénaire

Construite en gradins sur les premiers contreforts du Jura, entre lac et montagne, Neuchâtel a célébré son millénaire en 2011. Son nom vient de son «château neuf» cité pour la première fois en 1011, dans un acte de donation de Rodolphe III de Bourgogne à son épouse. Elle a vu se succéder seigneurs et princes jusqu’à l’instauration de la République en 1848.

La fontaine du Banneret.

Un héritage historique remarqué et remarquable notamment incarné par son château. L’histoire y tutoie désormais un tissu urbain contemporain qui entoure le vieux centre médiéval jalonné de nombreuses petites boutiques et galeries.

Quand on débouche sur la place Pury, l’ambiance médiévale s’installe avec des tourelles, des flèches et des drapeaux aux armoiries du canton. Il n’y a plus qu’à se laisser porter, le nez en l’air à la recherche de détails architecturaux anciens, dans ce quartier pittoresque aux venelles piétonnes bordées de maisons anciennes.

Notre guide nous invite à pousser certaines portes qui nous mènent d’une entrée à l’autre vers des commerces bien cachés au fond de l’allée, comme cette vinothèque établie depuis une cinquantaine d’années dans une vieille cave de la ville dans la rue des Moulins.

La vinothèque Bauermeister installée dans une cave médiévale.

Tout ici attire le regard : la fresque colorée sur fond noir dans la rue de Chavannes bordée de chaque côté par des escaliers menant aux bars et aux échoppes, la fontaine de la Justice haute en couleur avec ce bleu, ce rouge, ce vert et l’or de la statue qui illuminent la rue de l’hôpital, ou encore celle tout aussi bigarrée du Banneret qui se dresse sur la petite place de la Croix-du-Marché. En fait les fresques murales valorisent et dynamisent la zone piétonne.

Représentant tantôt des vues historiques tantôt des univers imaginaires, elles apportent une touche de poésie au centre-ville. La plus longue est sans doute celle qui envahit les murs de la rue de Neubourg qui rétrécit à mesure qu’elle descend jusqu’au faubourg de l’hôpital. D’un côté on y trouve des portraits d’écrivains qui ont visité Neuchâtel et de l’autre des figures et paysages fantastiques.

Quand on continue à grimper, on atteint enfin les édifices qu’on apercevait depuis l’Esplanade du Mont-Blanc, les masses rapprochées du château et de sa collégiale avec toutes leurs tours, tourelles et clochetons chapeautant leurs claires façades.

Château et collégiale imbriqués, la carte postale de Neuchâtel.

La carte postale de la ville

C’est l’ensemble architectural emblématique de la ville de Neuchâtel d’autant qu’il trône fièrement sur la colline et sa forêt de tourelles lui donne une silhouette de château de contes de fée. Depuis 1848, c’est au Château que s’est installé le gouvernement de la jeune République neuchâteloise et aujourd’hui encore il est lié au pouvoir puisqu’il accueille le siège de l’administration cantonale neuchâteloise.

La promenade dans l’enceinte permet d’admirer cette façade blanche aux volets bicolores d’un côté et celle aux pierres dorées de l’autre. Quant à la Collégiale aux allures gothiques, elle n’a cessé de se transformer au lendemain d’un incendie ravageur au 15ème siècle. Elle est encore en restauration mais sa façade a retrouvé son teint jaune mordoré éclatant tout comme sa superbe toiture aux tuiles vernissées colorées.

La vue sur les toits de Neuchâtel et son lac depuis les hauteurs des remparts du château.

C’est depuis les remparts qu’on découvre une des plus belles vues sur la ville et son lac. On entend le rire des enfants dans la cour d’une école, les bavardages qui grimpent depuis les terrasses sans oublier le bruissement léger des arbres qui dominent le site eux aussi.

Un autre petit palais du 18ème siècle cerné d’un impeccable jardin à la française mérite le détour d’autant qu’il abrite aujourd’hui un restaurant gastronomique. On est de retour au centre de la ville à quelques pas de la rive du lac. L’Hôtel DuPeyrou porte le nom de son créateur qui se lia entre autres avec Jean-Jacques Rousseau, il fut d’ailleurs celui qui publia en 1788 la première édition complète de ses œuvres.

La Maison des Halles chapeautée de tourelles date de 1570, ses façades sont décorées de beaux écussons et bas-reliefs.

A l’époque les jardins s’étendaient jusqu’au lac et ce somptueux édifice était implanté au milieu des vignes. Alexandre DuPeyrou ne laissant pas d’enfants, la propriété fut vendue et changea plusieurs fois de mains jusqu’à ce que la ville en fasse l’acquisition en 1858 et fit restaurer ses salons. Les jardins sont ouverts au public et si vous en avez les moyens, sachez que la prestigieuse bâtisse abrite une table renommée.

La fée verte

Impossible de clore cet article sans vous dire un mot de cette boisson de légende au goût d’interdit, l’absinthe. En effet dans le cadre de notre visite de «Neuchâtel à la Belle Epoque», notre guide nous a fait la surprise de découvrir une fontaine qui recelait derrière ses plantes fleuries un trésor, une bouteille d’absinthe et quelques petits gobelets afin que nous puissions nous pénétrer de cette histoire passionnante voire même sulfureuse.

Les marques d’absinthe ne manquent pas, il y aurait quelque 60 à 80 distillateurs dans la région.

C’est dans le Val-de-Travers qui relie les hauts de Neuchâtel à la frontière française qu’une rebouteuse a distillé pour la première fois de l’absinthe qu’elle utilisait à des fins médicinales. La mère Henriod va vendre sa recette à un homme d’affaires suisse en 1797 qui ouvre une distillerie d’absinthe à Couvert, dans le Val-De-Travers en compagnie de son gendre Henri-Louis Pernod.

En 1805, Pernod ouvrira sa propre distillerie en France, à Pontarlier qui en appellera d’autres qui feront de Pontarlier la capitale française de l’absinthe. Dans le Val-De-Travers, ils sont une trentaine à l’époque à distiller l’absinthe et à en vivre.

Cette boisson a rapidement connu un succès populaire mais aussi auprès des artistes du 19ème siècle. Cet engouement grandissant va permettre d’en baisser le prix. Toutefois certaines absinthes sont de qualités douteuses. On raconte que Van Gogh aurait sombré dans la folie pour en avoir abusé.

Un des derniers séchoirs à absinthe du Val-de-Travers, construit en 1893 par les frères de Boveresse. Il a conservé sa forme originale, ni chauffage, ni isolation mais simplement ouvert de mai à octobre.

Devant les ravages causés par cette boisson à haute teneur d’alcool (60 à 75%) certainement liés à l’abus de consommation et à l’absence de contrôle de qualité, il y aura dès la fin du 19ème siècle une forte mobilisation pour interdire ce spiritueux, encouragée entre autres par Louis Pasteur et par l’Église catholique. En Suisse l’absinthe sera officiellement interdite en 1910, accusée de rendre fous ceux qui la consommaient, en France ce sera en 1915.

Cette prohibition n’a pas empêché qu’elle soit consommée en cachette, en Suisse en tout cas, contribuant ainsi à sa popularité et à sa légende. Durant la clandestinité les producteurs ont dû en distiller en secret. Or cette opération était délicate car la distillation dégage une odeur de plantes caractéristique.

Pour déguster son absinthe, l’idéal est d’avoir sa cuillère à absinthe déposée au-dessus d’un verre à pied avec un morceau de sucre prêt à recevoir l’absinthe contenue dans une fontaine à absinthe, sorte de réservoir sous lequel on trouve de minuscules robinets.

Les alambics sont cachés dans les caves et on brûle des pneus de camions les jours de distillation pour couvrir le fumet anisé puissant. Quand on veut en consommer, on boit dans un gobelet opaque, plus souvent dans l’arrière-boutique. Au comptoir il faut commander un «lait de chèvre», on transporte l’alcool dans des boites de conserve et on cherche «une poule» quand on souhaite acheter un litre.

Près d’un siècle s’écoule jusqu’à ce que la dépénalisation de l’absinthe ne soit évoquée, à condition de limiter le taux de thuyone, principe actif de la plante d’absinthe, à 35 mg/l et la boisson est officiellement réhabilitée en Suisse en 2005. En France ce sera en 2015. Il faut savoir que les anciennes distilleries d’absinthe de Pontarlier se sont reconverties dans les apéritifs anisés et le pastis de Marseille est devenu un must.

Aujourd’hui l’absinthe joue de nouveau les bonnes fées en Suisse mais les fontaines froides qui cachaient dans les villages du Val-De-Travers sont toujours là et seuls les initiés savent comment les reconnaître. A Môtiers un musée passionnant raconte toute cette histoire où les distillateurs clandestins sont présentés comme des résistants. C’est aussi l’occasion de s’arrêter au comptoir pour apprendre comment déguster l’absinthe, tout un art ! www.maison-absinthe.ch


INFOS:

Deux sites à consulter: www.j3l.ch ou encore www.neuchatelville.ch. L’office de tourisme se trouve dans le bâtiment de l’Hôtel des Postes, sur la place du Port…

Le port de plaisance au pied de l’Hôtel Beaulac.

Se loger. Pour sa situation exceptionnelle, le Best Western Premier Hotel Beaulac http://beaulac.ch

 

 

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