Sonnons la révolte !

La gastronomie est un élément indissociable du tourisme, peut-être plus encore pour la clientèle belge que pour les autres. J’ai déjà quelques fois souligné dans Pagtour mon regret de voir à quel point ma destination préférée, la France, symbole même de la gastronomie, s’est laissée aller dans le fast-food, et parfois même dans le bad-food.

Un confrère s’est penché sur la question : il s’agit de l’excellentissime Bouillant(e)s, une lettre hebdomadaire en ligne consacrée exclusivement à cet art bien français de la gastronomie. L’écriture de cette lettre est un régal, qui vient souligner le franc-parler de l’auteur, son impertinence parfois, et son humour très souvent.

Bouillant(e)s rappelle donc que le premier McDo a ouvert en France en 1979, sous l’œil goguenard des critiques gastronomiques. Le fast food était vu comme un épiphénomène très américain, très mode, très loin des habitudes françaises, et donc sans danger pour la tradition française. Dix ans plus tard, il y avait 150 McDo en France ; et en 2015, on en comptait 1384, soit une ouverture chaque semaine pendant 25 ans ! Hors Etats-Unis, personne d’autre ne fait mieux, la France est devenue le pays du fast-food. Les raisons ? Les grands chefs eux-mêmes le disent : c’est bon et pas cher. Le McDo est un sandwich chaud, ce qui était inconnu en France. Il a facilement détrône le jambon-beurre classique parce que, chaud, il offre un vrai repas au prix d’un sandwich..

Le drame, c’est que ce bon fast-food a été copié par tout un tas d’autres formules qui relèguent la cuisine française au rang des chefs d’œuvre en péril. J’ai déjà dit ici combien il devenait difficile de manger français dans les petites bourgades de province. On y trouve des pizzerias à chaque coin de rue, mais il y a pire : on trouve aussi partout cette malbouffe plus ou moins exotique qui n’existe que parce qu’elle évoque des souvenirs de vacances bon marché : les kebabs, mezzés, fajitas, tortillas, pittas, et j’en passe. La jeune génération est infestée : non seulement elle avale ces produits dont on ignore le plus souvent la composition exacte, mais en plus, elle ne mange que cela, avec un accompagnement de fausses frites industrielles pour couronner le tout.

Impossible, en-dehors des grandes villes, de trouver la bonne vieille tradition française ; les jeunes ne la connaissent plus, et donc ils n’en veulent plus. C’est dramatique aussi pour le touriste qui choisit la France pour ce qu’elle a de mieux, outre ses paysages, ses villes à la richesse culturelle inégalée, ses villages perdus : son art de la table. Pourvu que les chefs ne lâchent jamais, qu’ils ne fassent jamais de compromission avec la mode ou la facilité des parents : pâtes ou jambon blanc-frites. Non ! Révoltons-nous !

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