Expériences sous-marines (3/3) – nager avec les dauphins à Sataya

Loin du tumulte des stations touristiques de la mer Rouge, au milieu d’un lagon, rencontre exceptionnelle avec une colonie de plusieurs centaines de dauphins sauvages.

La mer Rouge offre, à cinq heures de vol, des formidables eaux chaudes et translucides mais aussi la plus haute fréquentation d’humains palmés. Ses 1.700kms de côtes, principalement égyptiennes et jordaniennes, sont ponctuées de stations balnéaires et de complexes hôteliers qui savent tirer profit des milliers de poissons et coraux et des requins et dauphins qui croisent à proximité des plages. Au point que les scientifiques alertent sur les dommages que peuvent entraîner le trop plein d’activités nautiques et plaident pour un encadrement plus strict des sorties en mer, surtout du côté de Charm El Cheikh et Hurghada.

Mais plus au sud, à Marsa Alam, un ancien petit village qu’on a étiré sur une centaine de kms où seuls les gros complexes hôteliers sans grand intérêt émergent du désert pour s’abandonner au bord de l’eau, les choses sont un peu différentes. Malgré la présence d’un aéroport international, ce n’est pas encore la grande foule – et principalement des curistes et des plongeurs. L’eau, très chaude et très salée parce que bordée de terres arides et de déserts, y abrite de nombreux récifs coralliens, d’innombrables poissons multicolores, des tortues, des requins et, surtout, des colonies de dauphins sauvages dont une particulièrement convoitée – celle qui habite la baie de Sataya, à une trentaine de kms des côtes. Au milieu de nulle part.

Un lagon et une barrière de corail de 4kms

Une semaine sur le Nooraya dans la baie de Sataya (Alex Tsaka)

Trois ans ont passé depuis notre première découverte du lagon et du Nooraya – un des premiers yachts à proposer le concept de rencontre avec les dauphins libres, une idée belgo-égyptienne qui a déjà une douzaine d’années -, et d’autres ont déniché ce petit paradis. De quatre bateaux dans la baie, protégée par une barrière de corail longue de 4kms, la fréquentation est passée à une dizaine à l’ancre. Les distances respectées entre ces embarcations posées sur cette piscine naturelle offrent heureusement une totale intimité, et on comprend rapidement que la philosophie qui règne à bord de chacune est la même : le respect absolu de ce milieu naturel exceptionnel. A bord, un ou deux guides spécialistes des dauphins et de la vie sous-marine dirigent les opérations et canalisent les envies. On ne part jamais sans eux à la rencontre des mammifères marins, on suit scrupuleusement les consignes, on adopte un comportement responsable – comme éviter les plongeons intempestifs, le bruit et ne pas toucher les gentils dauphins même s’ils sont incroyablement demandeurs d’un contact.

L’expérience

S’il laisse échapper des bulles, c’est le moment d’arrêter. S’il accélère, c’est qu’il veut nous lâcher. S’il ferme un œil, c’est qu’il veut dormir. Ni coup de palmes ni contact physique, tout est dans le regard. Et c’est vrai que lorsque l’animal nous fixe, c’est terriblement émouvant. Les bras le long du corps, en maintenant une respiration profonde pour se donner les chances de pouvoir suivre les bêtes au fuselage hydrodynamique dans leur course. Ou sans bouger, les laisser nous tourner autour, par dizaines, tout sourire, avec leurs petits. Conscients de vivre des moments privilégiés, certains d’entre nous avouent émettre aussi des petits sifflements, chanter dans notre masque et onduler comme nos hôtes. Ceux-ci sont ravis de partager leur sanctuaire, leur plaine de jeux, après avoir chassé toute la nuit en haute mer.

Des centaines de dauphins libres et accueillants (Alex Tsaka)

Nager avec les dauphins, l’activité sous-marine la plus fantasmée, est une expérience qui doit être encadrée. On ne nourrit pas un dauphin. On ne le câline pas non plus, ça c’est la télé, au risque de le stresser et de lui transmettre des bactéries. En revanche, on peut réellement se laisser emporter dans un pas deux, mini-ballet dont il rythme le tempo avant de nous faire comprendre qu’il est temps de se quitter – facile, il peut atteindre 50kms à l’heure. La relation entre le dauphin et l’homme date d’avant le tourisme -les premiers récits de collaboration entre les mammifères et les pêcheurs remontent à l’Antiquité. Des expériences de solidarité entre l’animal et des humains fragilisés sont à prendre au sérieux. Pourtant, à Sattaya, personne n’est assuré de pouvoir partager ces moments avec les dauphins – mais, sur une semaine, il y a toujours des rencontres magiques. Et la barrière de corail, les murs végétaux, les poissons multicolores, les tortues géantes, la mer calme et la caresse de l’eau cristalline du lagon contribuent déjà largement à la semaine de lâcher-prise et de relaxation totale.

Convivialité sous la voie lactée

Quand nous ne sommes pas dans l’eau – avec les dauphins, pour une séance d’aquagym sur un banc de sable, pour une plongée-bouteille ou une sortie snorkeling accompagnée, pour admirer la vie sous-marine au-dessus des récifs coralliens ou pour le simple plaisir de nager autour du bateau – le yacht de 28 mètres se révèle plus grand qu’il n’en a l’air.

Maximum 18 personnes se partagent une dizaine de cabines – standards, mais avec une salle de douche et un wc privés pour une occupation qu’on limite à la nuit quand on ne passe celle-ci à la belle étoile. Car, au milieu de cet espace non pollué, la voie lactée est d’une rare visibilité et s’endormir sous les étoiles est aussi exceptionnel.

Trois ponts aménagés délimitent naturellement les activités, de la plus conviviale et joyeuse à la plus calme et paisible. Une salle à manger où la qualité des buffets partagés a connu un agréable upgrade en trois ans. Dix membres d’équipage et deux zodiacs pour accompagner nos aventures ou rejoindre les dauphins. Des jeux, des livres, quelques animations ou des stages (méditation, yoga, développement personnel, photographie, ateliers artistiques) selon les semaines et un rassemblement-apéro tous les soirs pour partager expériences et émotions. Lorsque le bateau n’est pas réservé par un groupe bien distinct, les passagers ne se connaissent pas, affichent tous les profils et pratiquent spontanément la convivialité et la bienveillance.

Attention, paradis menacé !

Malheureusement, si notre groupe reste discipliné, on ne peut pas en dire autant des vacanciers qui profitent d’une excursion à la journée, débarquent lorsque les dauphins font la sieste et sont friands d’émotions fortes – dame, ils se tapent deux fois 2h de bateau pour 45’ dans l’eau et ne veulent pas repartir bredouilles, quitte à distribuer des coups de palmes et à plonger bruyamment. C’est assurément le problème le plus aigu que doivent gérer les autorités qui déclarent vouloir mieux réglementer la zone mais restent assez inopérationnels. Ceux qui ont conscience de ce fragile équilibre à moyen terme et ont vécu l’expérience essaient donc d’en profiter au maximum. Les repeaters sur ces bateaux sont donc très nombreux, et le calendrier des disponibilités se remplit très rapidement. Avec une augmentation très sensible de la formule de chartérisation – plusieurs familles, un groupe d’amis ou des associations qui posent leurs stages sur les ponts des bateaux ou dans les eaux autour.

Lire la première partie : un nouveau tourisme (1/3)
Lire la deuxième partie : plonger avec les requins à Cuba (2/3)

Pratique

Vol direct en 5h depuis Bruxelles, opéré par Brussels Airlines et chartérisé par Sunweb pour ses vacances à forfait. Transfert (2h15 en autobus) jusqu’au port de Hamata et embarquement sur le bateau qui largue les amarres le lendemain à l’aube – 2h15 de navigation. Au retour, l’après-midi avant le vol du soir se déroule dans un hôtel de Port Ghaleb, sur la route de l’aéroport – cette année, le choix était catastrophique mais a permis de se dessaler et de quitter notre petit nuage avant de reprendre l’avion.

Ici aussi, un combiné avec un séjour découverte de la destination – comme la descente du Nil ou les pyramides du Caire – est possible.

Il faut apporter son matériel de snorkeling, même si quelques masques/palmes sont à bord pour les distraits. Tout le reste est fourni. Valise légère, on est en maillot ou en t-shirt quand on n’est pas dans l’eau. Pas de décalage horaire, ni test ni vaccin, un visa délivré et payable à l’arrivée (cette année à payer en dollars ou par carte). Infos très complètes fournies par les organisateurs [email protected] et https://www.nooraya-dolphins.net/

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