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Patrick Anspach
Patrick Anspach

Covid interrompu.

Comme on a l’impression qu’il n’y a plus de pandémie, que le soleil est de retour et que les gens ne portent plus de masque, c’est comme si on avait traversé le miroir et qu’on est revenu à « la vie d’avant ». C’est illusoire, bien sûr, et on verra ce qu’il en retourne en automne chez nous et ailleurs, mais autant en profiter (prudemment), n’est-il pas ?

De la fenêtre de mon salon, je vois sur le trottoir une dame qui a déjà dû fêter ses quatre-vingts printemps au bas mot et qui attend visiblement une voiture. Elle s’est faite élégante, avec son petit tailleur fuchsia, probablement en velours. Son chemisier blanc a des cols ondulés et elle porte un petit sac en bandoulière. Elle sait qu’elle est descendue de son appartement en avance pour ne pas ennuyer son fils si jamais lui-même avait pris de l’avance. Néanmoins, elle regarde sa petite montre dorée.

Oui, il n’a que cinq minutes de retard, mais ce n’est pas son habitude. Mais avec la circulation à Bruxelles, même le dimanche, on ne sait jamais. Logiquement, il doit venir de la gauche, mais s’il a fait un détour ? Alors, elle regarde à gauche et à droite et encore sa montre. Huit minutes. Elle s’assiérait bien sur la barrière de l’entrée, mais elle pourrait tâcher son tailleur. Cette voiture qui vient, serait-ce lui ? Non, elle ne fait que passer. Montre dorée : 12 minutes. Avait-il bien dit qu’il venait à 11 heures ?

Peut-être aurait-elle dû attendre dans son appartement. Comme elle n’a pas de smartphone, son fils l’a peut-être appelée sur son fixe. Va-t-elle remonter ? Non, soyons optimiste. Et puis, la voiture arrive. La dame est heureuse. Son fils sort de la voiture, mais aussi ses petits enfants. Elle embrasse tout le monde. Son fils part visiblement dans de grandes explications avec force gestes. Mais elle n’écoute pas. Ce qui compte, c’est que la famille soit là. Son fils l’installe à l’avant de la voiture et ferme sa ceinture et celle des enfants. Je vois le sourire de la vieille dame. Pour elle, la journée sera belle. Pour moi aussi.

La citation du début

« La vie, c’est comme une boîte de chocolat ; on ne sait jamais sur quoi on tombe. » (Forrest Gump)

Spinoza

Je fais partie d’un club de réflexion qui se réunit tous les mois (à table, évidemment, on est en Belgique) et qui échange des idées sur des sujets variés. Ce qui m’étonne est qu’à chaque fois, il faut qu’il y ait un des participants qui évoque Spinoza. Alors, je pose solennellement la question : quel était le prénom de Spinoza ? BARUCH ! Voilà, comme ça, vous pourrez briller en société tout comme quand vous demanderez le prénom d’Alzheimer (ah non !, je l’ai déjà donné !)

Histoire d’amour

J’avais un confrère flamand qui s’appelait Félicien. C’était un journaliste hors pair. Pour l’anecdote, il avait fait rire le personnel de l’ambassade du Congo à Bruxelles, parce que c’était la première fois qu’ils rencontraient « un blanc qui s’appelle Félicien ». Je m’entendais très bien avec lui et je l’avais sollicité pour prendre ma succession à la tête des journalistes aéronautiques. Mais sa femme a eu des problèmes de santé. Alors, il a tout plaqué, arrêté de travailler et rompu tous les ponts avec ses contacts professionnels : « Je ne peux pas la laisser cinq minutes toute seule », me confiait-il. Belle preuve d’amour. Il est mort quelques jours après son épouse. Je pense à lui souvent.

Argentique

Tout le monde sait que la numérisation des photos n’est pas éternelle et se détériore, contrairement à ce que des fabricants de CD, clés USB et autres ont promis. Pour les archivistes, le seul support fiable qui résiste au temps, ce sont les négatifs. L’argentique n’a donc pas perdu son attrait. J’apprends avec plaisir le retour des appareils photos jetables. Comme beaucoup de nos lecteurs, j’ai été baigné par les photos prises avec appareils jetables ou non, sauf que si on avait oublié son « reflex », le « jetable » était un pis-aller. On faisait donc attention à prendre « la bonne photo », on n’avait aucun contrôle sur le cliché, on portait le tout chez le photographe, on attendait impatiemment et puis, le jour de la découverte, les souvenirs s’enchaînaient. Puis, les albums de photos, les partages, j’en passe. Aujourd’hui, on prend deux mille photos pour un city trip à Dubaï, on les regarde à peine, on les stocke et on les oublie. Tous les enfants devraient apprendre d’abord à photographier en argentique avant de passer au numérique.

La citation de la fin

« Le droit du sol est l’absurdité qui consiste à dire qu’un cheval est une vache parce qu’il est né dans une étable. » (Charles-Louis de Secondat – dit Montesquieu)

Une petite dernière ?

– Bonjour ami Indien. Je viens en éclaireur du 5e de Cavalerie et je m’appelle Mark ‘’Dance’’ Withwoolves.
– Moi, je m’appelle « Celui qui regarde le train qui sifflera trois fois. »
– Et comment cela se prononce-t-il dans ta langue, ô fier Navajo ?
– Tôôôt tôôôt tôôôt !

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