Taxco, la cité de la Rose de Noël

La belle fresque de Juan Ogorma autour de la piscine de la Posada de la Misión.

A l’approche des fêtes, il n’est pas un pays qui ne met pas en avant le poinsettia recherché pour sa teinte flamboyante qui donne de l’éclat aux décors de Noël. Monsieur Poinsette, premier ambassadeur américain au Mexique et botaniste averti, découvrit cette euphorbe à Taxco en 1825 et l’introduisit aux Etats-Unis.

Depuis, elle a fait le tour du monde grâce à Albert Ecke, un californien qui eut l’idée d’exploiter cette plante sauvage qui se colore de rouge comme par magie durant la période des fêtes de fin d’année. Aujourd’hui son entreprise produit plus de 100 millions de boutures par an et tout le monde a oublié que cette remarquable potée est une mexicaine qui pousse à l’état sauvage à Taxco.

Une légende raconte qu’un enfant mexicain pleurait de déception, caché dans un coin de l’église car il était trop pauvre pour offrir un cadeau à l’enfant Jésus. Ces larmes en tombant sur le sol se transformèrent en magnifiques fleurs étoilées rouge vif comme le sang versé par le Christ qu’il put alors offrir à la crèche.

Accrochée aux pentes boisées et abruptes du Cerro del Atache, la petite ville surgit au détour d’un virage comme un mirage : une multitude de petites maisons blanches chapeautées de toits de tuiles se pressent les unes contre les autres en dessinant un dédale de venelles qui rayonnent autour de la majestueuse église Santa Prisca, véritable bijou baroque.

La posada Joan Sebastian est une de ces maisons décorées par le célèbre poinsettia.

La bourgade invite à se perdre parmi le labyrinthe d’escaliers et de ruelles pavées de gros galets, étroites et sinueuses qui dégringolent vers des placettes ombragées de lauriers d’Inde. Éclaboussées de soleil, les maisons basses aux façades badigeonnées de chaux alignent les boutiques et échoppes de bijoux et d’objets en argent.

Capitale de l’argent

C’est que cet endroit peuplé autrefois par les Tlalhuicas qui payaient aux Aztèques un tribut d’or et d’argent a tout de suite attiré la convoitise de Cortés qui y fit creuser des mines. Toutefois il fallut attendre le 18ème siècle pour que Taxco devienne un centre minier d’importance lorsque José de la Borda y découvrit la fabuleuse mine de San Ignacio qui, dit-on, lui permit d’engranger quelque 40 millions de pesos.

La petite ville blanche de Taxco est dominée par son imposante église de Santa Prisca visible de partout.

Comme Don José n’avait connu que des déboires dans sa carrière, il attribua cette soudaine manne à la providence et adopta cette devise : «Dieu donne à Borda et Borda donne à Dieu». Il lui dédia une église qu’il fit construire avec ses deniers propres.

Il ne fallut que sept ans pour que s’élève l’édifice, l’église Santa Prisca, sans aucun doute une des merveilles de l’art churrigueresque mexicain. Les douze grands retables finement sculptés et décorés à la feuille d’or qui garnissent tous les pans de mur de la nef donnent au visiteur un sentiment de vertige.

Le superbe dôme étoilé de l’église Santa Prisca.

Un foisonnement de statues, d’armoiries, de feuillages, d’angelots et de coquillages sculptés donne la touche finale à ce joyau baroque.

La pierre rose de la façade tout aussi exubérante et sa coupole en azulejos bleus et jaunes attirent les regards lorsque le soleil illumine l’église.

Sa construction ruina Borda qui quitta Taxco pour Zacatecas où il connut d’autres succès et les filons de Taxco s’épuisèrent rapidement. La petite ville plongea dans une vie tranquille dont l’économie déclinait peu à peu jusqu’à ce que s’y installa au début du 20ème siècle un architecte américain, William Spratling, qui eut la riche idée de créer un atelier d’orfèvrerie qui devint rapidement une fabrique de bijoux et d’objets en argent dont les apprentis ouvrirent à leur tour des ateliers.

Aujourd’hui, avec quelque 250 ateliers au savoir-faire mondialement reconnu et près de 500 platerías qui proposent un extraordinaire éventail d’articles, Taxco a récupéré son titre de «capitale de l’argent» même si la matière première vient d’ailleurs, entre autres de Zacatecas et de Pachuca.

Rien de tel qu’une Coccinelle pour grimper dans la ville et elles se succèdent sans fin au sortir du marché.

Royaume des coccinelles blanches

Cette activité artisanale génère dans la ville une animation bourdonnante, particulièrement durant le week-end quand les habitants de México viennent s’y mettre au vert. Abruptes et étroites, les ruelles découragent les conducteurs qui optent pour les taxis, à savoir d’anciennes VW ou coccinelles blanches qui semblent les plus adaptées pour gravir les pavés ronds.

20 pesos, soit à peine un euro, suffisent quel que soit le trajet dans la petite ville si vous ne vous sentez plus le courage d’exercer vos mollets. Le dédale de venelles se déploie en étoile autour du zócalo. Tout ce qui se visite, les musées, le marché et les artisans se trouvent non loin de là et vos pas vous ramènent toujours au pied de sa somptueuse église.

Les venelles appartiennent toujours aux habitants malgré les quelques touristes de passage.

C’est le moment de prendre un verre sur une des terrasses qui bordent la Plaza Borda afin d’observer la multitude de personnes qui s’y retrouvent en fin de journée, heureuses de prendre le temps d’accueillir la nuit qui tombe toujours en douceur à cette altitude.

Si vous rêvez d’une vue imprenable sur la ville, deux options s’ouvrent à vous. La plus chère consiste à louer une suite à La Posada de la Misión, un des hôtels de luxe de la ville aménagé dans une ancienne abbaye franciscaine.

La vue que propose la Posada de la Misión embrasse toute la petite ville resserrée autour de son église.

Loin de l’agitation urbaine, on y plonge dans les souvenirs de jadis entre le petit musée dédié aux mineurs, installé près du bar sous lequel on vient de retrouver l’accès à une ancienne mine d’argent, et la splendide mosaïque du célèbre muraliste Juan O’Gorman qui narre la vie de Cuauhtémoc pour le bonheur de ceux qui profitent des jardins luxuriants de la demeure.

Les venelles étroites et pavées de la petite ville, parfaites pour que s’y glissent les taxis Coccinelle.

La plus centrale et la plus intimiste, l’hôtel Boutique Pueblo Lindo qui étage ses 25 chambres et suites sur plusieurs niveaux au cœur même de Taxco ouvrant sur la ville et sa célèbre église une superbe vue panoramique.

Une piscine et son jacuzzi, des espaces de repos ainsi qu’une décoration moderniste haute en couleurs ajoutent au surréalisme de la rencontre avec un vieux centre patrimonial.

Si vous rêvez d’une excursion, prenez la route vers Cacahuamilpa, entre des collines brûlées de soleil et des plaines où quelques vaches paissent dans les chaumes. A 30 km à peine de Taxco, on y découvre d’immenses grottes découvertes en 1835.

Sur un parcours de 4 km on plonge dans les entrailles de la terre dans des salles d’une hauteur impressionnante avec une profusion de stalactites et de stalagmites qui sont ici les colonnes tourmentées de véritables cathédrales creusées par deux rivières souterraines en des temps immémoriaux.

Les célèbres grottes de Cacahuamilpa sont considérées comme les grottes les plus importantes du monde. On y a découvert quelque 90 « salles » soit des cavités vastes de près de 10 km chacune. On en visite à peine 2 km.

Ces salles dont l’acoustique est remarquable étaient sans doute un lieu de rituel sacré pour les indigènes mais aussi un site de prédilection pour l’empereur Maximilien et son épouse Charlotte et plus tard du président Porfirio Diaz qui aimaient y recevoir ambassadeurs et artistes.

Rencontre insolite avec un Mexicain pur jus devant une rose de Noël peinte sur une façade.

Infos : Tout renseignement complémentaire sur les sites www.visit.mexico.com. Taxco appartient à la liste des Villages Magiques.

Y aller : Depuis Mexico et son Terminal de bus Sud (Tasqueña), il y a des bus toutes les heures (3h de voyage) pour Taxco qui se trouve à mi-chemin entre Mexico et Acapulco.

La belle vue panoramique sur la ville depuis l’hôtel boutique Pueblo Lindo.

Se loger : Pour la vue et son ambiance historique www.posadamision.com, pour son ambiance surréaliste, www.pueblolindo.com.mx

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